22.3.06

CPE, ao vivo do Brasil

Le CPE à l'international: interview que j'ai donnée ce week-end sur le mouvement des étudiants à Estado de Sao Paulo, l'un des principaux quotidiens brésiliens. Histoire de pratiquer votre portugais, do Brasil bien sûr...
www.estadao.com.br/ultimas/mundo/noticias/2006/mar/17/319.htm

20.3.06

Les monologues du Villepin


Plus d’un million de personnes dans les rues de France et le premier ministre semble toujours aussi sourd et inattentif face au mouvement de masse qui s’impose aujourd’hui contre son projet de Contrat première embauche (CPE). Il cherche le pourrissement. Soit, c’est de bonne guerre… mais, au fonds, tout dépend des objectifs que l’on cherche à atteindre. S’il s’agit principalement – comme je le pense – d’une stratégie d’affirmation personnelle à l’intérieur de son propre camp, alors je me permets d’en attendre les pires résultats. Car sur un sujet aussi important – et délicat – que l’insertion professionnelle des jeunes, une refonte profonde du Code du travail ne peut être menée que pour des effets de forme, en un mot: pour se positionner tactiquement. Le risque, devant l’opinion publique, est celui de l’incompréhension massive telle qu’elle se manifeste clairement ces jours-ci.

Le fonds, quant à lui, a été bien compris par plus de deux tiers des Français (68 % selon un sondage publié le 17 mars dans le Parisien): la création d’une nouvelle figure sur le marché du travail, le « jeune travailleur jetable ». On peut en effet crier à l’exagération, à la déformation, à la caricature en lisant ces propos. Mais alors que l’on m’explique ce que veut dire une « période de deux ans pendant laquelle le salarié peut être licencié à tout moment sans motif préalable».

L’erreur de Villepin est d’avoir engagé le débat/combat sur un sujet que les Français – hélas – connaissent trop bien: la précarité. Ils la connaissent et l’expérimentent au quotidien. Ils ne sont pas dupes des pitreries de ce gouvernement et prêts, je crois, à en découdre pour ce qui leur est sans doute le plus cher: le refus de l’injustice et de l’inégalité de traitement devant le travail, pour eux et pour leurs enfants. Que chacun réponde en somme à cette question: dans un pays riche comme la France, les jeunes doivent-ils être les seuls à consentir des efforts afin d’être « acceptés » sur le marché du travail? Ou bien s’agit-il d’une question nationale, voire européenne, où la société dans son ensemble crée les agencements utiles pour l’insertion des jeunes avec le souci de l'équité? Pour ma part, la réponse est sans ambiguïté. Au nom de quelle vision du monde les jeunes devraient-ils être les seuls à payer une facture qu’ils n’ont pas souhaitée? N'aurions-nous pas collectivement les moyens de distribuer équitablement le prix (s'il en est) de l'insertion des jeunes plutôt que de le faire peser sur la seule jeunesse? Je crois que c'est notamment à cette question que nous devons nous attaquer.

Le premier ministre et le gouvernement n’ont cessé de lancer des appels au dialogue depuis le jeudi 16 mars. Mais alors pourquoi l'avoir refusé en dégainant le fameux 49.3? Pourquoi rester sourd encore aujourd'hui devant le vrombissement des pavés où plus d'un million de personnes, toutes classes d'âge confondues, ont déambulé dans toute la France? Il semble y avoir une grande incompréhension dans les termes; ce que j'appelle dia-logue est loin d'être cette parole solitaire qu'incarnent Dominique de Villepin et son gouvernement. Après Descartes, ils pourraient revoir leur Platon...

14.3.06

La mort du CPE


Le CPE est mort, les étudiants et l'ensemble de la jeunesse l'ont achevé. Mais en ce mardi 14 mars 2006, les jeux ne sont pas complètement faits. En effet, la mobilisation doit se poursuivre jusqu'à son retrait définitif.

L'indignation des étudiants n'est que le résultat du mépris que manifeste le gouvernement à l'égard de la jeunesse depuis un certain temps: CPE, "crise des banlieues", apprentissage à l'âge de 14 ans, détection de "futurs délinquants" dès la maternelle... la liste est longue. Aujourd'hui, le premier ministre se trouve dans l'impasse que lui-même s'est créée. Confondant autorité avec autoritarisme, Dominique de Villepin a choisi de dédaigner la représentation nationale et l'ensemble des partenaires sociaux en imposant le 49.3 afin de "gagner des points" dans son camp face à Sarkozy, son principal rival à droite dans la course à l'Elysée. Une simple affaire de famille est donc à l'origine de ce semblant de démocratie, de cette farce politique se jouant sur le dos de la jeunesse! Le plus étonnant est que ses propres "amis" l'avaient pourtant prévenu (au premier rang desquels Jean-Louis Borloo): "c'est très risqué, on réveillera la gauche"... Dominique de Villepin n'en démord pas, il veut, affirme-t-il, faire vite. "Précipitation et prévention (entendez préjugé) sont les deux sources de l'erreur" disait Descartes. Si le premier ministre prenait le soin de (re)lire le philosophe français, il comprendrait que si "le bon sens - dont il aime se réclamer - est la chose du monde la mieux partagée", celui-ci ne peut conduire à la vérité qu'à condition d'adopter la bonne méthode. Elle semble pourtant lui faire défaut.

Sur le fonds, le CPE crée une véritable asymétrie, un réel déséquilibre dans le Code du travail entre l'employeur et le jeune employé en faveur de l'employeur. De ce point de vue, la réponse du Conseil constitutionnel, après le recours déposé par les parlementaires socialistes, sera très attendue. Aussi, et ce n'est pas moins inquiétant, le CPE pourrait tenir la fonction d'une épée de Damoclès permanente suspendue sur la tête de l'ensemble du monde salarié. Ce n'est certainement pas un tel dispositif, créant fondamentalement une angoisse constante chez ceux qui seraient sous son régime, qui est susceptible de créer des emplois. Ce qui doit être aujourd'hui suscité entre les entreprises et les jeunes est une confiance mutuelle sans laquelle il ne sera pas possible de relever le défi du chômage.

Le gouvernement a manifestement pris le mauvais chemin; il n'a plus que la défiance de la jeunesse.

11.3.06

Retour sur la "crise des banlieues"

Je souhaite revenir sur les événements urbains de novembre 2005 en France. Beaucoup de choses ont été dites mais il me semble important de reprendre le débat avec le recul que nous avons aujourd'hui.

Lorsque je repense à la façon dont la "crise des banlieues" a été traitée, je ne peux que faire le constat suivant. Le discours dominant, principalement relayé par la droite (en particulier par Sarkozy mais il est loin d'en être le seul dépositaire), a cherché à disqualifier politiquement ceux qui ont porté la "révolte des banlieues". Par le refus de donner une dimension politique aux événements urbains de l'automne 2005, le discours dominant veut mettre sous silence sa propre incapacité à considérer des réalités qu'il nie et, qui plus est, à proposer des solutions concrètes aux problèmes des quartiers. Ce discours dit en substance ceci: "ce sont des délinquants et non des citoyens à part entière qui manifestent une volonté (désepérée) de changement social". Cette interprétation est pour le moins réductrice, voire totalement idéologique.

Pour ma part, les événements urbains de novembre 2005 manifestent les principales contradictions de la société française. La République affirme et met en avant l'égalité des chances et pourtant nous n'avons pas objectivement les mêmes chances devant l'école, le travail, le logement, la culture, etc. En ce sens, la "crise des banlieues" concerne tous les français, quels qu'ils soient, et pas seulement ceux des quartiers ou encore ceux "issus de l'immigration". Cette crise concerne tous les français, toute la société française, parce qu'elle met au jour, de façon criante, les limites du système républicain (du moins la pratique qui en est faite) et les inégalités qu'il produit de nos jours.

Les causes sont multiples mais peuvent, me semble-t-il, être résumées à toutes les formes d'inégalité et d'exclusion dans la société française: inégalités sociales, territoriales, éducatives, professionnelles, culturelles, etc. Tant que celles-ci persistent, le risque de voir les événements se reproduire est grand, les mêmes causes produisant (dans les mêmes conditions) les mêmes effets.

Les explosions urbaines de novembre 2005 renforcent à mes yeux l'idée que les revendications des habitants des quartiers (surtout les jeunes) ne doivent pas seulement se faire au nom des, et en tant que, "banlieusards" mais surtout en tant qu'acteurs politiques et citoyens à part entière portant tout le sens politique de ceux qui en sont actuellement privés.