Je souhaite revenir sur les événements urbains de novembre 2005 en France. Beaucoup de choses ont été dites mais il me semble important de reprendre le débat avec le recul que nous avons aujourd'hui.
Lorsque je repense à la façon dont la "crise des banlieues" a été traitée, je ne peux que faire le constat suivant. Le discours dominant, principalement relayé par la droite (en particulier par Sarkozy mais il est loin d'en être le seul dépositaire), a cherché à
disqualifier politiquement ceux qui ont porté la "révolte des banlieues". Par le refus de donner une dimension politique aux événements urbains de l'automne 2005, le discours dominant veut mettre sous silence sa propre incapacité à considérer des réalités qu'il nie et, qui plus est, à proposer des solutions concrètes aux problèmes des quartiers. Ce discours dit en substance ceci: "
ce sont des délinquants et non des citoyens à part entière qui manifestent une volonté (désepérée) de changement social". Cette interprétation est pour le moins réductrice, voire totalement idéologique.
Pour ma part, les événements urbains de novembre 2005 manifestent les principales contradictions de la société française. La République affirme et met en avant l'égalité des chances et pourtant nous n'avons pas
objectivement les mêmes chances devant l'école, le travail, le logement, la culture, etc. En ce sens, la "crise des banlieues" concerne tous les français, quels qu'ils soient, et pas seulement ceux des quartiers ou encore ceux "issus de l'immigration". Cette crise concerne tous les français, toute la société française, parce qu'elle met au jour, de façon criante, les limites du système républicain (du moins la pratique qui en est faite) et les inégalités qu'il produit de nos jours.
Les causes sont multiples mais peuvent, me semble-t-il, être résumées à toutes les formes d'inégalité et d'exclusion dans la société française: inégalités sociales, territoriales, éducatives, professionnelles, culturelles, etc. Tant que celles-ci persistent, le risque de voir les événements se reproduire est grand, les mêmes causes produisant (dans les mêmes conditions) les mêmes effets.
Les explosions urbaines de novembre 2005 renforcent à mes yeux l'idée que les revendications des habitants des quartiers (surtout les jeunes) ne doivent pas seulement se faire au nom des, et en tant que, "banlieusards" mais surtout en tant qu'acteurs politiques et citoyens à part entière portant tout le sens
politique de ceux qui en sont actuellement privés.