14.3.06

La mort du CPE


Le CPE est mort, les étudiants et l'ensemble de la jeunesse l'ont achevé. Mais en ce mardi 14 mars 2006, les jeux ne sont pas complètement faits. En effet, la mobilisation doit se poursuivre jusqu'à son retrait définitif.

L'indignation des étudiants n'est que le résultat du mépris que manifeste le gouvernement à l'égard de la jeunesse depuis un certain temps: CPE, "crise des banlieues", apprentissage à l'âge de 14 ans, détection de "futurs délinquants" dès la maternelle... la liste est longue. Aujourd'hui, le premier ministre se trouve dans l'impasse que lui-même s'est créée. Confondant autorité avec autoritarisme, Dominique de Villepin a choisi de dédaigner la représentation nationale et l'ensemble des partenaires sociaux en imposant le 49.3 afin de "gagner des points" dans son camp face à Sarkozy, son principal rival à droite dans la course à l'Elysée. Une simple affaire de famille est donc à l'origine de ce semblant de démocratie, de cette farce politique se jouant sur le dos de la jeunesse! Le plus étonnant est que ses propres "amis" l'avaient pourtant prévenu (au premier rang desquels Jean-Louis Borloo): "c'est très risqué, on réveillera la gauche"... Dominique de Villepin n'en démord pas, il veut, affirme-t-il, faire vite. "Précipitation et prévention (entendez préjugé) sont les deux sources de l'erreur" disait Descartes. Si le premier ministre prenait le soin de (re)lire le philosophe français, il comprendrait que si "le bon sens - dont il aime se réclamer - est la chose du monde la mieux partagée", celui-ci ne peut conduire à la vérité qu'à condition d'adopter la bonne méthode. Elle semble pourtant lui faire défaut.

Sur le fonds, le CPE crée une véritable asymétrie, un réel déséquilibre dans le Code du travail entre l'employeur et le jeune employé en faveur de l'employeur. De ce point de vue, la réponse du Conseil constitutionnel, après le recours déposé par les parlementaires socialistes, sera très attendue. Aussi, et ce n'est pas moins inquiétant, le CPE pourrait tenir la fonction d'une épée de Damoclès permanente suspendue sur la tête de l'ensemble du monde salarié. Ce n'est certainement pas un tel dispositif, créant fondamentalement une angoisse constante chez ceux qui seraient sous son régime, qui est susceptible de créer des emplois. Ce qui doit être aujourd'hui suscité entre les entreprises et les jeunes est une confiance mutuelle sans laquelle il ne sera pas possible de relever le défi du chômage.

Le gouvernement a manifestement pris le mauvais chemin; il n'a plus que la défiance de la jeunesse.