Animal politique

En définissant l'homme comme un "animal politique", Aristote, au IVème siècle avant Jésus-Christ, insistait sur une dimension fondamentale de la réalité humaine, celle qui l'attache à la Polis (la Cité) c'est-à-dire un espace où les hommes, en l'espèce les citoyens, débattent des enjeux de leur vie en commun, de son orientation et des moyens de la régler collectivement.
2500 ans plus tard, nous sommes toujours les héritiers de cette conception de l'homme comme animal politique. Nous sommes d'autant plus proches de ces Grecs de l'antiquité que nous nous réclamons de la Démocratie inventée par eux. Seulement, si nous revendiquons les avantages liés à la démocratie (séparation des pouvoirs, égalité de droits, libertés publiques...) nous n'avons pas encore trouvé les moyens collectifs de nous débarrasser des écueils qui lui sont inhérents, en particulier de la démagogie (règne de l'opinion) dont Platon disait qu'elle était l'autre versant de la démocratie. Pourquoi? Parce que la démocratie est le système politique des hommes libres; plutôt, le système où s'exerce la rivalité des hommes libres. Dans ces conditions, tous les artifices sont "valables" pour gagner (flatter) la doxa, l'opinion, au premier rang desquels la rhétorique.
De nos jours, notre vie publique est structurée de manière semblable: l'opinion reste l'opinion (ajoutons simplement les sondages) et la rhétorique est aujourd'hui remplacée par la "communication"... nous avons là deux ingrédients constitutifs de notre vie publique, deux écueils dont nous avons beaucoup de mal à nous débarrasser. Je n'ai rien contre les sondages, cela va de soi, à condition de les considérer comme ce qu'ils sont: une photographie, un instantané de l'opinion. Or la vie politique n'est jamais statique mais toujours en dynamique. C'est la raison pour laquelle nous avons bien des surprises lorsque nous interprétons de manière statique les sondages. En outre, communiquer me paraît nécessaire mais ne confondons pas le contenu avec le contenant... C'est bien le concept qui importe, c'est bien le concept qui manque terriblement à beaucoup de nos responsables politiques.
Le courage politique ne se décrète. Mais chacun de nous peut se demander en son for intérieur, ou bien porter cette question sur l'arène publique: parmi les dirigeants et les responsables politiques, lesquels font preuve aujourd'hui de courage politique? En d'autres termes, qui parmi ces hommes et ces femmes politiques est animé par des ambitions qui ne seraient pas que personnelles et dont l'engagement dépasserait le respect docile des sondages et l'application scolaire de techniques de communication? Triste serait la réponse, n'est-ce pas?...
Les Grecs avaient en leur temps trouvé un moyen efficace d'éviter ces deux écueils. Chez eux, les responsables politiques n'étaient pas départagés par des élections. Ils y préféraient le tirage au sort... Chiche?!!


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