Débats participatifs: la maïeutique de Ségolène

Depuis plusieurs mois, se tiennent en France des Forums paricipatifs à l'initiative de Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste à l'élection présidentielle. Lancés initialement dans le cadre de la campagne interne du PS mais avec le souci déjà d'ouvrir le débat à l'ensemble des citoyens, Ségolène Royal a décidé de poursuivre cette démarche pendant la campagne officielle.
Beaucoup a été dit et écrit sur ces forums et débats participatifs. D'un côté, la moquerie, la raillerie, le dénigrement, la suspicion de légèreté ont souvent été aux menus de ceux qui n'y voyent qu'un artifice électoral. De l'autre, les éloges ont fusé sur la capacité de réunir des gens venus d'univers différents dont la vison - "l'expertise" dirait Ségolène - du monde et des choses est assez souvent contradictoire.
Après réflexion et, surtout, participation à de nombreux débats participatifs, j'ai pu observer un phénomène très intressant qui permet sans doute de faire la synthèse entre les deux positions présentées ci-dessus. Chacun pouvant parler librement sur un sujet donné (éducation, vie chère, environnement, sécurité...), il est probable que l'on ressente un certain éparpillement des expressions contraire à nos habitudes scolaires de pensée strictement organisée et méthodique. Mais par un "enchantement" tout aussi certain, s'opère au cours de ces débats prticipatifs un mouvement qu'il m'est difficile de définir. D'un coup, les visions des uns et des autres se confrontent, se choquent, se contredisent pour enfin trouver des points d'accords. Si je devais donner une image pour illustrer le phénomène, j'emprunterai un exemple géométrique. Imaginez une multiplicité de lignes de fuites qui à force de s'étendre finissent par former des points de croisement. Et lorsque les participants prennent collectivement conscience au cours des débats de ces points de croisement - points d'accords - alors des problèmes communs peuvent être posés et des solutions communes envisagées. C'est sans doute là la grande force des débats participatifs: réunir des citoyens qui, dans d'autres circonstances, n'auraient peut-être pas fait l'effort de se déplacer et de s'exprimer en public et qui plus est se découvrent une capacité de partager des diagnostics communs et, dans le meilleur des cas, trouver une vérité commune.
Cette démarche si peu habituelle dans la Vème République n'est pas pour autant une pratique totalement inédite. Je crois même qu'on pourrait la raccrocher aux inventeurs de la démocratie, les Grecs du Vème siècle avant JC. En fin de compte, plus je réfléchis, plus je me dis que Socrate ne faisait rien d'autre que des débats participatifs dans l'Agora athénienne... En interrogeant ces interlocuteurs rencontrés dans les lieux publics et marchés d'Athènes, le vieux Socrate cherchait à faire dire à celui qu'il questionnait les fondements mêmes de sa pensée. Par le dia-logue, il forçait son interlocuteur à reconnaître les limites et les contradictions de son propre discours et l'aidait au final à trouver le chemin de la vérité. Susciter la recherche de la vérité chez les Hommes à l'instar de l'esclave du Ménon qui par lui-même trouve la marche à suivre pour construire un carré dont la surface serait le double de l’original est ce que Socrate appelait la maïeutique, l'art de faire accoucher les idées.
Ségolène aurait-elle trouvé la maïeutique moderne? A chacun de le dire!


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